10/13/2008

Fathom


Apparu sous la plume de Ian Fleming, James Bond est devenu en quelques années seulement de plus célèbre des espions, les adaptations cinématographiques aidant largement à ce succès. Comme tout engouement populaire, celui-ci a fait de nombreux émules, tantôt ratés, tantôt réussis.
Cependant, dans tous les cas de figure, aucun n'a vraiment tenté le pari de transposer une potentielle James Bond Girl en héroïne à temps-plein.
C'était sans compter sur le savoir-faire et l'enthousiasme de Leslie H. Martison.

Véritable doyenne du cinéma américain, cette réalisatrice aux multiples talents est parvenue à se faire un nom dans un milieu largement masculin.
Dans un premier temps, elle se retrouve essentiellement cantonnée à la réalisation de séries télévisées de qualité variable, ce dès 1952. Néanmoins, son désir de réaliser des longs-métrages persiste et c'est à l'aide d'une expérience grandissante ainsi que d'un soutien forcé de ses producteurs qu'elle s'attèle à cette tâche.
Malgré un dérapage plus moins contrôlé en 1954 avec "The Atomic Kid" ainsi qu'un long-métrage adapté de célèbre la série "Batman" de 1966 qu'elle réalise la même année, la voici qui se lance dans un projet d'envergure: Fathom.


Né d'un désir revanchard, Fathom transpose les aventures de l'espion anglais dans un univers féminin, où le mâle dominant est remplacé par une femme toute en subtilité. C'est du moins la vision que Leslie H. Martison en a.
Cependant, afin de pouvoir exposer son film au grand jour au-delà des salles Nickelodeon, elle doit dénicher celle qui saura le mieux incarner cette espionne d'un nouveau genre.

Mais revenons en peu en arrière.
En 1964, Terence Young est chargé de la réalisation de "Opération Tonnerre", le quatrième volet des aventures cinématographiques de James Bond. Un casting international est lancé dans le but de recruter celle qui incarnera Domino. Se présentent de nombreuses actrices, plus ou moins connues, dont la superbe Raquel Welch qui fît claquer plus d'un élastique dans "Un Million d'Années avant J.C." un an auparavant.
Hélas, celle-ci sera évincée au profit de Claudine Auger, une ancienne Miss France au charme particulier et dont la carrière ne percera jamais vraiment.
Convaincue du potentiel de Raquel Welch, alors en pleine ascencion, Leslie H. Martison l'engage pour jouer le rôle principal dans Fathom.


Jeune femme membre de l'armée américaine et adepte des sports extrêmes, Fathom est recrutée par les services secrets anglais afin de réaliser une mission d'espionnage.
Son objectif consiste à s'introduire dans une splendide villa située à Malaga afin d'y déposer un micro-espion et récupérer de précieux documents. En effet, le H.I.D.E.S. soupçonne le couple qui y vit d'opérer secrètement pour la Chine, alors en quête de l'arme atomique.
Hélas, elle sera rapidement interceptée et fera l'objet d'un chantage: soit elle trahi ses alliés pour sauver sa peau, soit elle tente vaille que vaille de réaliser sa mission, auquel cas ses jours seront comptés.
Evidemment, d'autres personnages et forces en présences viennent ajouter leur grain de sel, les enjeux dépassant au fil de l'aventure le cadre de cette simple mission...


Malgré ce résumé qui pourrait parfaitement convenir à un James Bond, Fathom reste avant tout assez unique, ce pour plusieurs raisons.
Tout d'abord, et contrairement à son alter-ego masculin, l'héroïne n'a pas de permis de tuer. Y compris dans des situations de danger immédiat et sans perspective de solution, la jeune espionne n'est pas autorisée à enfreindre les lois locales, alors édictées par le dictateur Franco.
Ses seules armes restent son charme, son intelligence et ses compétences de casse-cou.
Ensuite, Fathom dépend de plusieurs organismes chargés de la sécurité internationale. Elle ne peut donc en aucun cas décider par elle-même de l'orientation de ses missions et doit systématiquement en référer à sa hiérarchie avant d'agir.
Enfin, la discrétion doit être absolue. Pas de courses-poursuites improvisées, par d'explosions en pagaille, pas de bains de sang. Nul ne doit connaître son identité, et ses missions ne doivent pas être révélées au grand jour.


Pour tout dire, Fathom est une femme posée, calme et qui préviligiera toujours la fuite à l'affrontement. C'est ce caractère assez original qui la sauvera de bien des situations qui tournent pourtant au vinaigre.
S'en dégage un rythme particulier, qui mêle des scènes d'action musclées à des moments de relative quiétude. La réalisation de l'ensemble marque d'ailleurs fortement cette ambiance, par une mise en scène volontairement estampillée de nombreuses longueurs, pour mieux souligner la tension palpable du moment.

Bien évidemment, Fathom est aussi l'occasion de mettre à profit la plastique de Raquel Welch dans diverses scènes alors franchement osées pour l'époque.
Ici, tout est prétexte à dénuder la belle ou à la vêtir d'ensembles des plus légers.
Dans cette perspective, les plans de caméra coquins sont légion, tout comme les situations les plus improbables ainsi que les références sexuelles.


Néanmoins, Fathom possède un humour caractéristique, qui démarque également ce film des "James Bond-like". Ici, le tableau des personnages joue nettement en la faveur d'une oeuvre décomplexée, qui ne se prend pas toujours au sérieux et tente la carte de la parodie.
Certes, il arrive qu'une maladresse se glisse parfois, mais Raquel Welch remonte aisément la pente dès la scène suivante.
Cet humour particulier est par ailleurs parfaitement intégré aux multiples rebondissements scénaristiques, y compris dans le final qui fait clairement référence à l'un des grands succès de Russ Meyer.


Après plusieurs visionnages, les seuls véritables points faible de Fathom reste son budget insuffisant et quelques acteurs qui plombent certaines scènes pourtant réussies.
Malgré cela, l'ensemble est agréable, original et fait clairement regretté qu'aucune véritable suite n'ai depuis été envisagée.
Plus qu'une curiosité, un film à voir, indispensable à tous les amateurs d'érotisme suranné et de "james bonderies" rafraîchissantes.